Le kérosène alimentait en 2024 environ 8 % de la consommation mondiale d’énergie dans les transports, selon l’Agence internationale de l’énergie. Pourtant, rares sont ceux qui savent vraiment pourquoi son prix bondit ou s’effondre d’une semaine à l’autre, et encore moins ce que ces fluctuations révèlent sur l’état de notre planète. Deux questions fondamentales, une seule réalité complexe à démêler.
Les facteurs qui font bouger le prix du kérosène au litre
Le kérosène n’est pas un produit comme les autres. Directement dérivé du brut pétrolier, son tarif au litre suit de près les cours du pétrole brut, spécialement le Brent coté à Londres. Quand le baril grimpe, le jet fuel suit quasi mécaniquement. En juin 2022, le prix du kérosène aviation avoisinait 1,40 euro le litre en Europe, contre environ 0,55 euro en 2020 lors de l’effondrement post-Covid. Un écart de plus de 150 % en deux ans : voilà ce que peut produire une conjonction de crises.
Plusieurs facteurs structurels expliquent ces variations brutales. La géopolitique tient une place centrale. Lorsque l’OPEP+ décide de réduire sa production pour soutenir les cours, toute la chaîne en aval se retrouve sous tension. La guerre en Ukraine a amplifié ce phénomène dès 2022, en restreignant les flux russes vers l’Europe et en forçant un réajustement des approvisionnements.
Voici les principaux facteurs qui influencent directement le coût du kérosène :
- Le prix du baril de pétrole brut (Brent ou WTI)
- Les capacités de raffinage disponibles dans le monde
- La demande saisonnière du transport aérien (pics estivaux)
- Les tensions géopolitiques dans les zones productrices
- Les taux de change, notamment euro/dollar
- Les taxes spécifiques selon les pays (la France exonère le kérosène de TICPE pour l’aviation commerciale)
Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. L’exonération fiscale du kérosène aérien en France représente un avantage estimé à plusieurs milliards d’euros par an pour les compagnies. C’est un choix politique fort, régulièrement contesté par les associations environnementales, notamment Réseau Action Climat. Franchement, difficile de parler de « vraie transition » quand un carburant parmi les plus polluants bénéficie d’un tel traitement de faveur.
La saisonnalité joue aussi un rôle souvent sous-estimé. L’été et les fêtes de fin d’année font exploser la demande aérienne mondiale. Plus de vols signifie plus de kérosène consommé, donc une pression à la hausse sur les prix spot. Les compagnies low-cost, qui hedgent rarement leur carburant autant que les grands transporteurs, subissent ces hausses de plein fouet.
Impact environnemental du kérosène : ce que disent vraiment les chiffres
Le transport aérien représente environ 2,5 % des émissions mondiales de CO2 d’origine humaine, selon les données du projet de recherche Our World in Data compilées à partir des travaux de Hannah Ritchie. Ce chiffre semble modeste. Mais il est trompeur, car il ne tient pas compte des effets non-CO2 de l’aviation, notamment les traînées de condensation et les émissions d’oxydes d’azote en altitude.
Quand on intègre ces effets, l’impact climatique réel de l’aviation est deux à quatre fois supérieur à ce que les seules émissions de CO2 laissent supposer. Un vol Paris-New York émet environ 1,8 tonne de CO2 par passager en classe économique, selon les estimations de l’ADEME. Pour mettre ça en perspective, c’est l’équivalent de plusieurs mois de conduite automobile.
| Type d’impact | Source principale | Contribution estimée |
|---|---|---|
| Émissions de CO2 | Combustion du kérosène | ~2,5 % des émissions mondiales |
| Traînées de condensation | Cristaux de glace en altitude | Effet réchauffant significatif |
| Oxydes d’azote (NOx) | Combustion en haute altitude | Formation d’ozone troposphérique |
| Particules fines | Imbrûlés et suies | Pollution locale autour des aéroports |
La pollution atmosphérique autour des grands aéroports constitue un problème de santé publique souvent minimisé. Les riverains de Roissy-Charles de Gaulle sont exposés à des concentrations de particules fines et de NOx dépassant régulièrement les seuils recommandés par l’OMS. Pour moi, c’est la face cachée de cette industrie : les externalités sanitaires restent quasi invisibles dans les bilans économiques du secteur.

Vers une alternative crédible au kérosène fossile
Les carburants d’aviation durables, connus sous l’acronyme SAF (Sustainable Aviation Fuel), représentent aujourd’hui moins de 0,1 % du carburant consommé mondialement par l’aviation commerciale. La raison est simple : leur coût de production reste deux à cinq fois supérieur à celui du kérosène fossile. Airbus et plusieurs compagnies européennes investissent massivement dans ces filières, mais le chemin est long.
L’Union européenne impose depuis 2025 un quota minimal de SAF dans les aéroports européens, fixé à 2 % des approvisionnements. Ce seuil montera progressivement jusqu’à 70 % en 2050 selon le règlement ReFuelEU Aviation. C’est ambitieux. Est-ce réaliste ? Les experts du secteur restent divisés sur la disponibilité des matières premières nécessaires à grande échelle.
Si vous gérez une flotte ou travaillez dans la logistique aérienne, surveiller les évolutions réglementaires du SAF et anticiper leur impact sur vos coûts opérationnels devient indispensable dès maintenant. Attendre 2030 pour s’adapter, c’est déjà trop tard.
